ON SONNE À LA PORTE

 

L’appréhension n’est pas la peur dit-on !
Cette nuit-là un orage tournicotait du côté de la station émission, je fus appelé sur place, il y avait problème, le feu avait-on dit, mais en y repensant le feu c’est pour les pompiers !
Bernard, toujours le même, conduisait la jeep et alors que nous approchions de l’extrémité Est du plateau, le spectacle était digne du meilleur feu d’artifice.
L’orage était sur les antennes, les flashs partout et pas une goutte de pluie, un orage sec quoi !
Nous arrivions, à l’approche du « champ d’antennes » mais, en tant que mobile métallique, nous pouvions être tout simplement foudroyés.

Partiel du champ d’antennes
de la station ÉMISSION.

À noter les rouleaux de barbelés.
Au premier plan, le chien « Totor »,
une des mascottes de la station.

Si dans une voiture classique on ne craint rien : la carrosserie jouant le rôle de « cage de FARADAY » (1), dans une décapotable (2)? Eh oui la jeep était un des modèles de décapotables bien représenté à Reggan.
Donc risque maximum, pourtant les copains attendaient calfeutrés dans le bâtiment ! Le risque zéro n’existant pas, d’ailleurs nous ne nous étions même pas posé la question, la jeep « ventre à terre » franchissait la centaine de mètres à parcourir, avant que de nous mettre à l’abri (quoique sous les antennes nous ne risquions rien).

Dans l’entrée, les gars nous attendaient la trouille au ventre alors que l’orage était figé sur la station.

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(1) Cage de FARADAY : Enceinte métallique (cage) utilisée pour protéger des nuisances électriques et/ou électromagnétiques extérieures ou inversement.
(2) Dans un véhicule carrossé, les risques sont minimes. Par contre la vérification ou mieux le remplacement des pneumatiques est nécessaire.

Entrée de la station ÉMISSION
Toujours notre brave « Totor »

Que se passait-il donc ? Rien de grave je vous rassure. Par un effet « ventilatoire », une importante poussière de sable était entrée par les « humidos », faisant craindre le pire à nos jeunes recrues qui avaient confondu ça avec de la fumée.
Tout d’abord calmer le jeu, le « bateau » n’était pas en train de couler, la mer était loin… et la panique n’était pas de mise.
La poussière retombée, il suffisait de remettre en fonction les émetteurs qui avaient disjonctés, puis l’orage s’éloignant, les craintes de nos jeunes débutants s’estompaient aussi. Le lendemain nos amis PLBT balaieraient.
Sirotant alors une bonne « K » bien fraîche, malgré qu’il fut deux heures du matin bien tassées, nous nous apprêtions avec Bernard à rejoindre la base vie pour essayer de terminer une nuit mal commencée.
Quand soudain, la sonnette de la porte d’entrée retentit. Les chiens qui dormaient paisiblement sous les lits des permanents jaillirent d’un coup, se rendant à la porte, aboyant de plus belle.
Je rappelle que la station émission était très isolée, que les barbelés entourant la base étaient troués (3) comme du gruyère par endroit dans ce secteur là, que les mines posées lors des années héroïques de la base avaient été enlevées, bien que j’appris par la suite, qu’elles n’avaient pas été toutes retrouvées !!! (Ceci dû soit disant au déplacement du sable).
Bref, il pouvait y avoir danger d’autant que personne n’avait prévenu de sa visite.
Qui pouvait bien actionner cette sonnette insistante.
Les chiens devant la porte, poils hérissés, s’étaient tus.
Que faire, avec Bernard nous n’allions pas finir la nuit là.
La porte fut ouverte, et là vous ne devineriez pas, deux de nos braves Légionnaires, « pleins comme des cochons » avaient traversé le plateau essayant d’arriver enfin vers cette lumière (4) qu’ils voyaient depuis tant de temps !
S’étaient-ils perdus après avoir fait la fête, d’où venaient-ils, nul ne le sut.
Les gaillards titubant avaient encore soif, incroyable mais vrai. Ce fut la tournée du « patron » et après avoir maîtrisé l’un d’eux qui voulait se battre avec les chiens, nous les chargeâmes dans la jeep pour les raccompagner à leur camp.
Allèrent-ils en cellule de dégrisement (5), nous ne le sûmes pas. Mais compte-tenu de l’attitude du comité d’accueil appelé à la rescousse par la sentinelle, j’ose imaginer que dès le lendemain, si, il n’y avait pas de volontaires pour les corvées, nos deux « citoyens » étaient déjà inscrits sur la liste de service !

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(3) Trous dans les barbelés : Certainement réalisés par des anciens, nous les empruntions pour sortir de la base, lorsque nous allions dans le désert côté Est du plateau.
(4) La nuit la station était éteinte. Sauf dépannage.
(5) À l’époque c’était le TROU tout simplement !

Reggan Plateau vu par le Satellite

Document : Google Earth


Alain BROCHARD - Septembre 2009